L’impatience des mères, une réalité !

Ecrit par Isabelle Dagenais le 30 avril 2009 – 13:35 -

L’impatience, la colère et la violence en lien avec la maternité est un sujet délicat à aborder! Ce sont des états émotifs qui se vivent à des intensités différentes et aucune mère ne veut les vivrent. Lorsque nous sommes enceintes, il nous paraît inconcevable que nous puissions un jour manquer de patience, de ressentir de la colère ou encore d’agir avec violence envers notre enfant! Nous avions l’image de la mère toujours douce, disponible, accueillante et aimante! Voilà donc des réalités qui sont très difficiles à reconnaître et à accepter lorsque nous expérimentons l’un ou plusieurs de ces états!

Nous nous jugeons sévèrement lorsque nous faisons preuve d’impatience, de colère ou de violence envers notre enfant! Nous nous dévalorisons en tant que mère et cela alimente la colère en nous alors que nous voulons la dissiper! Étant donné que chaque état est source de souffrance pour nous et que nous voudrions qu’il en soit autrement, voici quelques pistes de réflexion pour mieux comprendre et mieux agir!

L’impatience

Tous les êtres humains ont expérimenté l’impatience au moins une fois dans leur vie! Cette réalité fait en sorte que le jugement est moins sévère et qu’il est plus facile d’en parler. Toutefois l’impatience s’accompagne généralement d’une frustration puisque la situation ne se déroule pas comme nous le voudrions. Prenons par exemple le sommeil de notre enfant, nous sommes nombreuses à avoir ressenti de la frustration alors que nous en étions à notre sixième intervention dans la même nuit! Dans une situation comme celle-là notre manque de sommeil et la frustration que nous ressentons influence nos pensées, nos émotions et nos comportements. Dès la situation réglée nous culpabilisons! Lorsque ce genre de réaction se produit rarement il est plus facile de les accepter mais lorsqu’elles se répètent nous nous jugeons plus sévèrement!

La colère

Il s’agit sans doute de l’émotion la moins populaire. Peu importe les circonstances peu de personnes aiment ressentir la colère et nous avons tendance à la refouler. Pourtant cette émotion est tout à fait saine mais c’est notre façon de l’exprimer qui l’est moins. En tant que maman la colère est encore moins bien acceptée surtout dans les moments où nous exprimons de la colère envers notre enfant! Dans un moment de colère nous pouvons regarder durement notre enfant, lever la voix, serrer les dents et serrer les bras. Nous savons que notre comportement est inadéquat et pourtant nous y avons recours. Jamais nous aurions pu imaginer réagir ainsi car nous l’aimons tellement! Nos limites sont différentes selon notre personnalité et la colère que nous ressentons nous indique que nous avons atteint ces limites. Au lieu de nous juger, demandons-nous ce qui nous manque et ce dont nous avons besoin?

Plus que la colère

Notre souffrance est amplifiée du fait que nous sommes conscientes du tort que cela cause à notre enfant. Notre difficulté à comprendre ce qui déclenche en nous cette impatience et cette colère nourrit la tristesse qui nous habite et que nous exprimons par la colère. La colère est souvent l’émotion écran, celle qui dissimule ce que nous ressentons vraiment et que nous refusons de reconnaître. La tristesse est souvent l’émotion qui se cache derrière la colère mais il y a aussi l’anxiété, la déception, la culpabilité, la honte, la solitude, la peur et l’impuissance!

La violence

L’expression de la colère de façon destructive et quotidienne est inacceptable même si nous pouvons comprendre que certaines mamans se sentent si dépassées qu’elles adoptent des comportements violents! Comprendre que cela puisse se produire ne signifie pas l’accepter et en même temps cela représente une réalité! Ces mamans ont besoin d’aide et le jugement n’a jamais aidé personne.

Si vous considérez que vous avez des comportements violents envers votre enfant où que cela puisse se produire parlez-en à une personne de confiance dès que possible. Faites un premier pas pour vous libérer de ce cercle vicieux!

Pour un mieux-être

Nombreux sont les livres qui font des recommandations concernant la bonne approche à adopter envers nos enfants. Ces conseils sont souvent pertinents mais nous ne parvenons pas nécessairement à les appliquer. Nous savons que nous devrions nous aimer et que nous aurions avantage à vivre le moment présent et pourtant…Beaucoup d’entre nous comprenons l’importance de ces conseils seulement lorsque nous atteignons notre limite de souffrance. Le jour où nous en avons assez et que nous réalisons à quel point la dynamique que nous vivons est néfaste alors nous sommes prêtes à changer celle-ci.

Le premier pas vers un mieux-être est de reconnaître ce qui nous habitent. Quelles sont nos réflexions et nos émotions? Répondre à ces questions en toute franchise est un bon commencement!

  • Sommes-nous capables d’accepter de ne pas être la mère que nous voulions être?
  • Croyons-nous que nous pouvons changer les choses?
  • Croyons-nous que nos enfants sont responsables de ce que nous vivons?
  • Serions-nous prêtes à demander du soutien pour y voir plus clair?
  • Blâmons-nous notre passé pour nos comportements?
  • Cherchons-nous des excuses pour nos comportements?
  • Croyons-nous que de se culpabiliser est suffisant?
  • Sommes-nous engagées à changer nos comportements et notre attitude?
  • Aimons-nous la femme que nous sommes?
  • Aimons-nous la vie que nous vivons?
  • Sommes-nous présentes dans notre vie?
  • Avons-nous le sentiment d’exister?
  • Ressentons-nous de la joie et de la satisfaction dans notre vie?

Il est possible que par moment nous ayons le sentiment que notre enfant est responsable de nos états d’âme mais cela n’est pas la réalité! Il s’agit d’une perception que nous devons confronter et reconnaître que nous sommes les seules responsables de nos émotions. Il est vrai que leurs comportements peuvent déclencher une émotion mais l’émotion nous appartient et nous devons choisir la bonne façon de l’exprimer! Notre enfant est le meilleur guide que nous puissions avoir, il nous permet de devenir qui nous sommes réellement!

Changer son comportement en 3 étapes distinctes:

1. Prendre conscience

  • Le changement se manifeste lorsque nous prenons conscience que notre comportement est inadéquat et que nous sommes responsables de celui-ci.
  • Sans cette conscience nous ne pouvons chercher à améliorer la situation puisqu’elle nous semble extérieure à nous!
  • Plus notre souffrance est grande plus il devient urgent de nous arrêter et de prendre conscience de ce que nous vivons.

2. S’engager

  • Représente une grande source de liberté puisque dès que nous nous engageons à modifier notre situation, nous ressentons un soulagement!
  • Notre capacité à s’engager provient d’un désir profond d’améliorer ou de changer une situation.
  • Requiert beaucoup de volonté et d’amour. Rien ne peut s’accomplir sans engagement et rien ne peut se transformer sans celui-ci.

3. Agir

  • Quoi que nous choisissions de faire, il est essentiel que nos actions nous permettent d’aborder nos émotions et de les exprimer!
  • Il peut être difficile d’atteindre notre objectif par nous-mêmes. Nous pouvons donc trouver une personne qui nous écoutera et nous soutiendra dans ce cheminement.
  • Écrire un journal personnel peut être aussi très bénéfique pour éviter l’accumulation de tension.
  • Se réserver du temps pour faire une activité que nous aimons à chaque jour.
  • Être vigilante en ce qui concerne nos pensées et nos émotions au quotidien.

En conclusion

Nous pouvons atteindre un mieux-être avec de l’engagement, de la pratique et de la compassion envers soi! Ce parcours est le nôtre et il nous permettra de nous connaître et de nous aimer davantage. Nous sommes en apprentissage et nos résultats n’auront d’égal que notre désir d’apprendre!


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Oser en parler

Ecrit par Isabelle Dagenais le 3 avril 2009 – 21:26 -

La maternité est selon moi une expérience enrichissante et exigeante à la fois. Nous y vivons des moments de grand bonheur où nous nous sentons heureuses et d’autres de grande souffrance où nous doutons de nos compétences en tant que mère! Je sais que nous sommes nombreuses à expérimenter des difficultés mais peu de mères osent en parler! La peur du jugement et les émotions que nous ressentons sont des facteurs qui peuvent nuire aux confidences.

Être maman requiert de notre part un engagement total. Et peu d’entre nous y étions réellement préparées! Seule la présence de notre enfant au quotidien nous permet de prendre conscience de la mère que nous sommes vraiment. La réalité est souvent différente de ce que nous avions imaginé! Nous sommes alors confrontées à une certaine désillusion et celle-ci peut être difficile à accepter! Cette désillusion peut se vivre par rapport à notre façon d’être avec notre enfant, à l’implication du père, au tempérament de notre enfant et au soutien de notre entourage.

Qu’en est-il de l’impact de la maternité sur nous? Pour certaines femmes la maternité est source de valorisation. Elles ont le sentiment d’être utiles et elles se sentent enfin en vie. Alors que d’autres ont plutôt le sentiment de se perdre et de ne plus exister en tant que femme depuis qu’elles sont mères. Elles se sentent piégées dans ce choix définitif!

La peur d’être jugée est tel qu’il est facile de garder pour soi les défis que nous rencontrons dans notre rôle de mère. Combien de fois ais-je entendue dans mes ateliers des mères dire: « j’aime mon enfant mais »… Ce début de phrase précède généralement une confidence! Le genre de confidence qui nous fait craindre le jugement des autres et dont nous nous protégeons en affirmant aimer notre enfant! Car notre plus grande peur en tant que mère n’est-elle pas celle d’être perçue comme une mauvaise mère?

Comment se fait-il que nous craignons autant de parler des difficultés que nous vivons en tant que mère? La peur d’être jugée fait sans doute partie de l’explication mais ce jugement d’où vient-il vraiment? Je crois qu’il vient de nous en partie! Nous avons établi une liste d’exigences envers nous-mêmes auxquelles nous devons répondre sans quoi nous considérons que nous ne sommes pas à la hauteur! Chaque mère a une liste de critères établie selon son milieu, son éducation, sa personnalité, sa réalité et ses croyances! Nous ne sommes pas toujours conscientes de nos critères d’où l’importance d’y réfléchir. Car chaque critère influencera la perception que nous avons de nous-mêmes et donc à notre estime personnelle.

Soyons conscientes que notre peur d’être jugées, le jugement envers nous-mêmes et celui que nous portons sur les autres mamans nuit grandement à notre bien-être. Car peu importe la forme que porte le jugement nous en subissons les conséquences! Craindre d’être jugée nous garde dans un silence néfaste. Alors que le jugement que nous portons envers nous-mêmes et qui est généralement très sévère, créé des émotions désagréables. Et celles-ci sont d’autant plus difficiles à partager si nous les considérons inacceptables. Finalement, le jugement que nous portons envers les autres mères fait obstacle à des échanges enrichissants.

Heureusement, certaines d’entre nous avons un réseau d’amies où il est possible de s’exprimer librement mais ce n’est pas le cas pour toutes. Et je crois qu’il est primordial que nous puissions parler de ce que nous vivons en tant que maman. Ces échanges nous permettent de réaliser que nous ne sommes pas seules et que nous sommes « normales » et cela n’a pas de prix!

Lors de mes ateliers j’ai pu constater que plusieurs d’entre nous ressentons de la culpabilité ou de la honte vis-à-vis les émotions que nous ressentons. Nous acceptons mal notre impatience, notre intolérance, notre colère, notre déception, notre dépression, notre découragement, notre impuissance, notre insatisfaction, notre tristesse, notre peur, notre besoin de liberté et d’indépendance. Pourtant accepter ce que nous ressentons est la première étape vers notre mieux-être. Il nous faut faire le deuil de notre idéal et reconnaître que nous sommes en apprentissage!

D’ailleurs ce désir d’être une mère comblée à tous les niveaux et de façon permanente est-ce possible? Je ne crois pas. Nous vivons toutes des difficultés ou des défis à des intensités différentes. Mais voilà qu’il y a un tel silence autour des difficultés maternelles qu’il nous semble que nous sommes les seules à en vivre. Le plus beau cadeau que nous pourrions nous faire est celui d’oser parler de notre expérience de la maternité avec franchise. Nous les femmes sommes des êtres de compassion et celle-ci est un baume sur le cœur des mères.

Donc la prochaine fois que vous serez en compagnie d’une autre mère osez lui parler de votre expérience et vous pourrez être surprise par sa réaction. L’authenticité est contagieuse!


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